2010-10-10

Charlotte Perriand

Sa carrière d'architecte-designer (1903-1999) démarre véritablement avec le mobilier métallique qu'elle crée pour son appartement-atelier de la place Saint-Sulpice et qu'elle présente au Salon d'Automne de 1927, « Bar sous le toit ». Forte de ce succès, elle pousse la porte de l'atelier d'architecture de Le Corbusier et Pierre Jeanneret, elle est engagée comme associée en 1928. Elle doit veiller à l'élaboration du programme « des casiers, des sièges et des tables » et assurer l'exécution du mobilier destiné à leurs réalisations. Le fauteuil Grand Confort adopte une structure légère en tube d'acier laqué enveloppant des coussins de cuir rembourrés par des plumes.
1936, Salon des arts ménagers.
Pour répondre aux contraintes économiques difficiles, Charlotte Perriand propose, en compagnie d'autres architectes, un mobilier accessible aux classes moyennes particulièrement frappées par la crise. Dans un espace ouvert sur une terrasse, elle crée une grande table en chêne massif pour les repas, des fauteuils pliables et empilables en tube (édités par Thonet) et présente des casiers de rangements métalliques de la maison Flambo.
En 1940 et 1941, elle est invitée au Japon et découvre les foyers d'artisanat dans les provinces grâce à l'aide de Soetsu Yanagi et de son jeune fils Sori qui l'accompagne. Après une exposition qu'elle intitule "Tradition, Sélection, Création", qui résume ses conceptions, elle doit quitter le Japon, à cause des événements politiques. En 1953, deuxième séjour au Japon et exposition collective avec Fernand Léger et Le Corbusier, intitulée Synthèse des Arts. Elle y présente sa chaise Ombre, empilable, en contre-plaqué cintré autour d'une grande table de bois massif, inspirée par le Bunraku (1). Elle présente aussi des prototypes mis à l'essai depuis 3 années, avant d'être industrialisés en grande série ; elle reprend l'esprit de ses projets de 1940 alors difficiles à mettre en oeuvre. (1) le bunraku (文楽) est un type de théâtre japonais datant du XVII e siècle;
Dans les années 60, pour le projet de station intégrée des Arcs, Charlotte Perriand rejoint l'équipe de l'Atelier d'Architecture en Montagne (AAM), et coordonne pendant près de vingt ans une équipe d'architectes, d'urbanistes, d'ingénieurs et de graphistes. Elle intervient tant au niveau de l'architecture que de l'urbanisme et de l'équipement des appartements.

2009-09-09

Pierre Paulin, créateur de meubles

Figure incontournable du design français pendant toute la moitié du XXe siècle, Pierre Paulin, né en 1927, se définit avant tout comme un héritier des modernes. Créateur de modes malgré lui, il a traversé les années sans que ses créations ne prennent une ride. Il est de ceux qui ont choisi la voie du fonctionnel, du durable, une recherche de matières, une esthétique lisse, courbe et colorée dont on ne se lasse pas. On retrouve dans son travail les influences du mobilier scandinave, et des productions américaines de Charles et Ray Eames ou encore Florence Knoll.
Mushroom

Entre les années 1960 et 1970, il développe pour Artifort une gamme de sièges faits de coques en bois moulés garnies de mousse Pirelli et habillées de housses préfabriquées en tissu extensible. Parmi ces sièges iconiques, on se souvient particulièrement de « Mushroom » en 1959, « Tongue Chair » en 1964, et du « Ribbon Chair » de 1965, (voir ci-dessus) distingué en 1969 par le Chicago Design Award.
Voici la transcription d'une vidéo enregistrée par ARTE que j’ai retrouvée sur le site : http://www.art-mode-design.com/category/design
« J’invente, j’aménage, je dessine, je ne crée pas. Le terme de designer avait du sens mais il a été tellement dévoyé qu’on en est très triste…Parmi les inventions qui me sont propres, il y a le concept de tissu élastique, je suis allé chez Artifort avec mon idée, je travaillais pour un marché international qui n’avait pas l’esprit vieillot français, j’ai pu faire les formes les plus libres que j’ai voulu, le premier siège est assez exemplaire, il ressemble à une coupelle biaisée, il y a de l’air dedans, c’est une structure en acier, des montants recouverts de mousse et un textile élastique par-dessus ; le seul tissu que j’ai trouvé à l’époque, c’était du tissu de maillot de bain, c’était tellement nouveau que l’éditeur Thonet France a accepté de le réaliser même en petites quantités ; j’utilisais ce textile pour ce qu’il était c’est à dire un coussinage d’une souplesse extraordinaire et vous auriez vu la tête des tapissiers traditionnels quand ils ont vu sortir ça, ils ont dit, là on est mort, et ils ont vraiment fait la gueule ; c’est la même chose que lorsqu’on s’est mis à mettre des amortisseurs aux voitures, il y a une sorte de souplesse, de confort…"
Les sièges de Pierre Paulin figurent parmi les collections du MoMA à New-York, du Fonds National d’Art Contemporain, du Centre National d’Art et de Culture Georges Pompidou, du Musée des Arts Décoratifs à Paris, du Victoria and Albert Museum à Londres…
Tongue chair
«Il fait partie de ceux qui ont tout redéfini: la méthode de fabrication, l'usage du meuble, la notion de confort. Il nous a ouvert la voie», estime Erwan Bouroullec (designer né en 1976).

Alvar Aalto architecte designer

Alvar Aalto, 1898-1976.
Dès la fin des années 20, alors que le rationalisme moderniste de Walter Gropius, Le Corbusier, Marcel Breuer se développe, Alvar Aalto, architecte et designer, propose une vision plus proche de la nature et de l'humain : le travail du bois et des formes souples qui feront sa renommée internationale.
Né à Kuortane en Finlande, diplômé d'architecture en 1921, il mène dès 1927, avec sa femme architecte, Aino Marsio et avec Otto Korhonen, directeur technique d'une usine de mobilier en bois, des expérimentations sur le contreplaqué collé et courbé, matériau favori d’Aalto, délaissant le métal, élu des modernistes, trop froid selon lui. En 1933, ses créations, présentées à la boutique Fortnum et Mason de Londres, font sensation et connaissent un succès international. Pour répondre à l'afflux de commandes, Aalto fonde avec sa femmela société Artek, qui édite également ses luminaires et créations de verre.
En 1936, Aalto remporte le premier prix d'un concours lancé par Karhula, fabricant de verre finlandais, avec un modèle aux courbes inspirées du pantalon de cuir des Esquimaux : le vase Savoy, du nom du célèbre restaurant de Stockholm dont il a réalisé l’aménagement intérieur. Ces formes ondoyantes sont désormais signature d'Aalto.
Après la guerre, il construit la cité étudiante du MIT à Boston aux Etats-Unis, sa première réalisation architecturale à l'étranger. Jusqu'à sa mort en 1976, il réalise de nombreux projets architecturaux dont il conçoit, dans un projet global, l'aménagement intérieur et le mobilier.

Charles et Ray Eames designers

Charles Eames (1907-78) and Ray Eames (1912-88).
Véritables icônes du Design organique, Charles et Ray Eames ont marqué les années 50 par des créations alliant technologie et esthétisme.
Le fauteuil n° 670 et son repose-pied, a été réalisé pour Herman Miller, marchand de meubles et commercialisé en 1956 à grande échelle . Il « a l'aspect chaud et l'attrait d'un gant de baseball usé de première base»disait de lui Charles Eames. ...Cet autre fauteuil d'appoint fait partie des sièges Plywood.

Les Plywood Group qui ont en commun des assises et dossiers identiques en bois lamellé collé déclinent plusieurs piètements en acier ou en bois. Le piètement du fauteuil LCW est lui, en bois lamellé collé.
En matière de création, Charles et Ray Eames eurent comme préoccupation majeure la réalisation d’un mobilier de qualité au meilleur prix, dédié au plus grand nombre.
En 1940, ils remportent avec Eero Saarinen (architecte-designer americano-finlandais, 1910-1961, voir article suivant), le concours «Organic Design in Home Furnishings» organisé par le Museum of Modern Art à New York. Six ans plus tard, ce musée consacre sa première rétrospective sur un designer, à Charles Eames.

Staff Members Frances Bishop and Robert Jacobsen with a papier-maché study and Ray with a plaster mold for La Chaise,1948.

Eero Saarinen architecte et designer

Architecte et designer américano-finlandais. 1910-1961.
Eero Saarinen est le fils de l'architecte et premier président de l'Académie d'art de Cranbrook, Eliel Saarinen. Né en Finlande, il a émigré avec sa famille aux Etats-Unis en 1923. Eero Saarinen a initialement étudié la sculpture à l' Académie de la Grande Chaumiére à Paris (1929/30). Plus tard, il se tourne vers l'architecture, à l'université de Yale à New Haven, recevant un diplôme en 1934. Il reçoit alors une bourse d'études qui lui permet de voyager en Europe. A son retour, il enseigne à l'académie d'art de Cranbrook.
En 1937, il entame une collaboration avec Charles Eames. Ensemble, ils mirent au point des meubles avant-gardistes primés lors du concours "Organic design in Home Furnishing" organisé par le MoMA en 1940, avec entre autre un fauteuil à la structure en coque de bois contre-plaqué en 3D, recouverte de mousse et garnie d’étoffe. Ce prototype, à la forme encore un peu raide, s’épanouira dans les formes plus harmonieuses de la Womb Chair (1948), dessinée par Eero SAARINEN pour Knoll, qui sera son principal éditeur. Ensemble, ils dessinent une chaise phare, La Chaise, une méridienne en résine armée de fibre de verre sur un piétement métallique. Elle ne sera éditée qu’en 1991 par Vitra.
(voir la womb chair sur www.regencyshop.com)
En 1956, il lance chez Knoll la collection Tulip, véritable icône du mobilier organique des années 1950-1960. Avec un seul et unique pied central en fonte, cette collection offre une réponse harmonieuse à la liaison du piétement à la coque.








Il applique ce concept à ses tables, chaises, fauteuils, tabourets, cendriers et dessertes. Avec cet ensemble, il atteint un de ses objectifs : débarrasser la maison de tout ce "misérable fouillis de pieds".
Plus tard d’autres designers s’approprient ce style, tel Panton avec ses lampes Panthella (éditées depuis 1971 par Louis Poulsen). Au niveau architectural, l’un des ses plus importants projets est le Detroit and TWA Terminal de l’aéroport John F. Kennedy de New York. Entamé en 1956, il s’achève en 1962, un an après son décès. Il a travaillé dans le bureau d'architecture de son père jusqu'à la mort de celui-ci en 1950.
Sa conviction était que l'architecture doit englober l'environnement total, des paysages jusqu'aux batiments, les meubles et les objets décoratifs.

2008-12-12

Les "gratte ciel" de Tony GARNIER à Villeurbanne (69)








J'ai vécu 18 ans à Lyon et j'ai visité souvent le quartier des "Gratte ciel" de Villeurbanne pour des raisons familiales. Ce quartier m'a tout de suite intéressée comme le projet cohérent, urbanistique et social dont il procédait. C'est pourquoi j'ai envie d'en parler sur ce blog.
En effet, en 1930, la décision fut prise, par le maire de l’époque, Lazarre Goujon, socialiste, d'améliorer l'hygiène d'une déjà grande ville de banlieue, et de construire en hauteur avec de larges allées : ce fut l'origine des fameux "gratte-ciel", les premiers en France, offrant plus de 1 400 logements en centre-ville et accompagnés d'une maison du peuple, d'un palais du travail, d'un superbe hôtel de ville au beffroi de 65 m, d'un central téléphonique, et d'un chauffage urbain, (projet typique du « socialisme municipal »), oeuvres de Môrice Leroux, Tony Garnier et Robert Giroud.
L’opération commence avec un concours pour la construction du Palais du Travail. Le jury, présidé par Tony Garnier, choisit un jeune inconnu, Môrice Leroux.. Son bâtiment, simple, géométrique et fonctionnel, ressemble, selon les vœux du maire de l’époque, à un « véritable temple laïc destiné à l’éducation intégrale de la classe ouvrière.». Le maire veut « changer la ville pour changer la vie", (c'est encore le rêve de certains urbanistes)...
Les constructions hautes, avec leurs terrasses en gradin, apportaient aux habitants ce qui leur manquait le plus à l’époque : l’air, la lumière et le confort le plus moderne (vide-ordure, ascenseurs, centrale thermique pour distribuer le chauffage urbain). Des « traversières » relient tous les immeubles au second niveau. Paradoxalement, en 1940, beaucoup de logements étaient encore vides, les symboles de modernité de ces tours à la "Rockfeller Center" intimidaient les familles de culture ouvrière, les loyers étaient chers et peu de commerçants s'y installaient. Pourtant, cet ensemble architectural deviendra aussitôt une référence pour les architectes du monde entier.
à droite, Rockfeller Center

à gauche, une entrée des
Gratte ciel


Les 2 premières photos proviennent des recherches effectuées par David Liaudet ;
vous pouvez les retrouver sur son

Aujourd'hui, après une opération de réhabilitation, isolation thermique de la façade et phonique du sol, cloisons et plafonds des parties communes, installation d'un sas dans le hall d'entrée et des interphones, mise aux normes des installations d'eau, de gaz et d'électricité, les gratte ciel restent très attractifs, la création du métro, qui dessert le quartier et au delà, n'y est pas étranger. Je n'ai hélas trouvé aucun document sur la gestion de ce parc de logements (loyers, répartition des charges collectives...) ni sur les stratégies de remplacement des locataires partants.

Gae Aulenti, architecte italienne, Marc Held, Danielle Quarante...

http://artchitecture.skynetblogs.be/post/3236125/gae-aulenti Vous trouverez sur ce blog une présentation de cette femme architecte qui a obtenu son diplôme en 1954. En tant que designer, elle a influencé les designers qui ont commencé à exercer dans les années 1960, et a bousculé le style Scandinave. En 1970, elle travaille pour la chaîne de magasins Prisunic, tout comme D.Fayolle, A.Putman et M.Arnodin.
Ma contribution : Gae Aulenti et des jeunes collègues designers : Stefania Suma a écrit un livre sur Gae Aulenti qui vient de paraître aux éditions Actes Sud...dans ce livre, elle présente la réhabilitation en institution muséale de la gare d’Orsay à Paris (1980-1986), une des oeuvres qui ont contribué à la renommée de l’architecte. Son goût prononcé pour l'histoire de l'art et de la peinture se traduit dans ce principe de base : «Je préfère me nourrir de culture pour guider mon intuition. Le besoin de préserver la mémoire des lieux est aujourd'hui fondamental si l'on ne veut pas laisser l'architecture aux mains des promoteurs».
Au sujet de son travail pour Prisunic (qui lanca, en avril 1968, le catalogue Prisunic, avec un ensemble de pièces, fauteuils, tables, chaises, étagères, accessoires de décoration…), on citera à ses côtés les jeunes designers suivants : Térence Conrad, Marc Vaidis, Marc Held, Danielle Quarante :
Lampe Pipistrello 1963









Marc Held est architecte et designer. On a dit de son œuvre qu’elle allait de la petite cuillère à l’usine en passant par la maison, l’automobile, le vêtement de ski ou la porcelaine…
Marc Held consacre aujourd’hui l’essentiel de sa réflexion aux rapports de l’architecture populaire et de la modernité. Joignant la pratique à la théorie, il dessine et construit quelques rares maisons dont il conçoit l’architecture, les jardins et le mobilier, fidèle en cela à l’exemple de ses illustres prédécesseurs : Mies van de Rohe, Corbusier, Aalto, Jacobsen (ci-dessous, tabouret, escalier en inox, étagère cablée de Marc Held).










Danielle Quarante : "Eléments de design industriel" (édition épuisée !) : près d'un millier d'illustrations dans ce volume encyclopédique qui aborde le design dans le cadre de l'ensemble du processus de conception industriel, recense les facteurs rentrant en jeu et définit ses implications.
Danielle Quarante a réalisé le fauteuil ALBATROS, en résine de polyester armée de fibre de verre jaune, 1ère exposition au “Salon des Artistes Décorateurs en 1969 (Paris), mais aucune image de ce fauteuil n'est, à ma connaissance, disponible.

2008-08-08

Françoise-Hélène Jourda, Jourda Architectes

Dès ses débuts, Françoise-Hélène Jourda, diplômée en 1979 de l’École d'architecture de Lyon, prend conscience de l’importance de construire des bâtiments responsables et de qualité.
Associés depuis 1980, Françoise-Hélène Jourda et Gilles Perraudin développent dans leur production architecturale une stratégie de projet fondée sur la compréhension et le respect de l'environnement, lesquels procèdent de leur réflexion sur les matériaux et la maîtrise de l'énergie.
A l'Isle d'Abeau, réalisation de maisons en terre ; le maître d’ouvrage souhaitait réhabiliter un matériau et une technique de construction : le pisé. Les logements, groupés par deux, forment des blocs massifs de terre, isolés du sol par un soubassement en béton. La toiture-serre permet le captage solaire par une dalle accumulatrice. L’été un simple système de ventilateurs est régulé par un thermostat d’ambiance.
"La situation actuelle requiert un changement radical de nos habitudes, de nos modes de concevoir et de construire. Il s’agit bien d’une révolution culturelle qu’il faut enclencher de toute urgence, révolution à l’image de la révolution industrielle dont on connaît l’ampleur et les bouleversements qu’elle a engendrés, mais aussi les progrès qu’elle a apportés dans nos sociétés et nos niveaux de vie". Elle est co-signataire en 1996 de la "Charte européenne pour l’énergie solaire en matière d’architecture et d’urbanisme".


L'agence "Architectes Jourda" élabore aussi du mobilier pour la maison ou la ville, lampe, fauteuil, lampadaire, banc, abribus, bouche de métro...