2013-03-20

SHIGERU BAN

Pourquoi parler de Shigeru Ban après Jean Nouvel ?
Si les tubes en carton identifient l’architecture de S.B., celle-ci n’est pas réductible à l’utilisation d’un matériau ; ce qui est important, c'est qu'il sait percevoir et exprimer les conditions complexes et différentes de chacun de ses projets et en cela, il me semble que sa démarche se rapproche de celle de Jean Nouvel. Ces deux architectes ne partent pas d'une idée à priori du logement...
Mais revenons à l'abri d'urgence en carton ; il est vrai que cette invention a attiré mon attention sur cet architecte. Face aux structures en béton armé effondrées, il propose un matériau simple, peu coûteux et recyclable (ce faisant, il se positionne contre le gaspillage de l'industrie de la pâte à papier) ; il se libère ainsi des certitudes anciennes et du système actuel de construction et financement de l'habitat...Mais cette attitude n'est pas liée à l'évenement du séisme de Kobé, il semble qu'à chaque projet, Shigeru Ban interroge le processus de création architecturale et la place de l'architecture dans la société.
S.B. traite le problème de l’abri d’urgence à un niveau global, faisant appel à des financements du HCR, à des coopérations techniques avec des spécialistes de différents pays, au volontariat des habitants de Kobé.
Ainsi, on ne peut le définir seulement comme un acteur social, il est aussi un concepteur formaliste et un créateur de nouveaux matériaux. C’est aussi une éthique architecturale nouvelle qui le caractérise et qu’il développe dans tous les contextes où il intervient.

Exemple, la maison bambou réalisée en Chine en 2002 , c'est Shigeru Ban qui explique :
"Le site du projet de maison sur la montagne avec vue sur la Grande Muraille de Chine était plutôt sauvage que sophistiqué. Quand je suis arrivé sur ce site, j'ai imaginé une petite maison autour d'une cour assez grande, comme le style vernaculaire des maisons chinoises. En quittant le site, j'ai visité la ville de Beijing, où un certain nombre de fournisseurs de matériaux ouvrent des magasins. Peut-être parce que peu de structures de bois sont utilisés pour la construction en Chine aujourd'hui, les types de bois d'œuvre disponibles étaient limités, et je n'ai même pas pu trouver une structure en contre-plaqué ; mais une sorte de contre-plaqué a attiré mon regard par sa couleur sang. En regardant de plus près, j'ai découvert qu'il s'agissait de fines lamelles de bambou tissées en plaques. On m'a dit que ce contre-plaqué en bambou est utilisé généralement pour faire des cadres. Si le bambou peut être fait en contre-plaqué, j'ai pensé, qu'alors, il serait possible de stratifier des bandes de bambou pour des poutres. Jusqu'alors, je n'avais pas été très intéressé par le bambou, qui a été utilisé pendant de nombreuses années en Asie et en Amérique du Sud en tant que matériau de construction. La raison en est que l'unique architecte qui a réussi à utiliser le bambou comme matériau de structure primaire dans l'architecture contemporaine est l'architecte colombien Simon Velez, qui a coulé dans le béton des tubes de bambou comme élément de structure. C'est tout simplement parce que la nature du matériau - sa tendance à éclater quand il est sec, ses dimensions et sa petite épaisseur- en font un matériau difficile à utiliser pour la structure. Mais, par la stratification du bambou avec un certain type de colle sous environnement contrôlé, des matériaux stables de construction peuvent être fabriqués avec des bandes de bambou. Avec l'aide d'une usine locale de bambou, nous avons fabriqué un échantillon de poutre de bambou stratifié que nous avons porté à ébullition et avons testé sa flexibilité en suivant les standards fixés par le ministère de l'Agriculture, des Forêts et des Pêches du Japon. Le résultat de ces tests ont montré que le bambou avait une résistance située entre celle de l'acier et du bois. Autre fait à considérer dans la conception, c'était que la gestion du projet serait assurée par le client lui-même en raison de la distance du site du projet et son budget limité. Pour réduire le poids de la gestion de la construction , j'ai décidé de faire mes "modules maison" , un système de construction modulaire préfabriqué, que j'ai développé depuis quelques années, à partir de poutres laminé en bambou. Le feuilleté de bambou a été utilisé pour les unités de l'ossature et les poutres aussi bien pour l'intérieur que l'extérieur. Le concept était merveilleux. Mais, en réalité, nous n'avions aucune chance de trouver un fournisseur de matériel et des fabricants avec des compétences et les capacités de production nécessaires et il était impossible de fabriquer des pièces de façon artisanale avec des coûts raisonnables. En plus, avec les problèmes de communication tout au long du projet, la construction n'a pas été exécutée comme prévu, et l'achèvement a été retardé considérablement. Encore aujourd'hui, la porte d'entrée n'a pas été installée comme je l'avais conçue, et l'eau dans la cour n'a pas été installée comme prévu. Ce projet a rencontré de nombreux problèmes que je n'avais pas prévus, cependant, ce fut une expérience honorable, qui nous a permis d' explorer le grand potentiel de la Chine avec une croissance remarquable de Redstone Industrie. It was also a wonderful opportunity to begin the development of laminated bamboo, which I believe to have great prospect. Ce fut également une excellente occasion de commencer le développement du bambou stratifié qui, je crois, a un grand avenir."
(Extrait du site officiel de S.B. traduit par mes soins)

Pour les photos, je me réfère aussi à son site dans lequel Shigeru Ban présente ses réalisations et ses projets. Il a beaucoup construit, des usines, des stations de métro, des logements, des églises, des écoles, des musées dont un musée temporaire sur le logement à NewYork créé en 2005. (www.shigerubanarchitects.com/ )














Il a construit aussi en France et si on peut parler de minimalisme pour la réalisation du Nomadic Museum, on peut s'y référer aussi pour le Centre d'interprétation du Canal de Bourgogne, construit à Pouilly-en-Auxois. C'est la 1ère phase d'un grand complexe culturel dédié à l'histoire du «Canal de Bourgogne", qui comprend également un petit musée. Le petit musée est un lieu pour voir les expositions et organiser des activités pédagogiques. Son bâtiment est une boîte en verre transparent, ouvert sur le paysage environnant. Sa structure repose un plateau aux angles métalliques.
Cette autre réalisation, une maison en tubes de carton, témoigne aussi d'un esprit minimaliste. C'est le premier projet de logement durable qui a été accepté au Japon en 1995 . Une colonne en tubes de papier de 1,2 m de diamètre, située dans la galerie extérieure, contient les toilettes. Le "living" est équipée d'une cuisine -comptoir et de portes coulissantes.
La maison de thé ci-dessous a été crée à Londres en 2008.

















En 2002, Arc en rêve, Centre d'architecture à Bordeaux, a consacré une grande exposition au travail de cet architecte japonais. Voici la présentation qui en était faite : "En s’appuyant sur une sélection de projets de référence et sur les projets récents, la scénographie, conçue par Michel Jacques, revisite l’œuvre de Shigeru Ban à travers les thèmes papier-carton, projets récents, maisons, mobiliers et architecture de l’urgence. Économie de moyens, économie de matière et recherche de nouvelles utilisations des matériaux existants donnent à l’architecture de Ban une extrême légèreté, un confort immédiat avec le souci constant de répondre au besoin essentiel d’habiter." Mais j'ai manqué cette expo !



La Sagaponac House, ci-contre, construite à Long Island en 2006, est fondée sur le plan de Ludwig Mies van der Rohe (la Brick Country House, 1924), réinterprétée selon le programme, la structure et le site. Elle me fait penser aussi à une maison de Frank Lloyd Wright que j'ai présentée dans une autre page de ce blog...






Quelques repères :
Shigeru Ban est né à Tokyo en 1957.Il fait ses études d’architecture à la Sci-Arc (Los Angeles) et à la Cooper Union (New York) avant de travailler dans l’agence de Arata Isozaki à Tokyo. En 1985, il ouvre sa propre agence d’architecture. Entre 1995 et 2000, il a été professeur-invité dans de nombreuses universités au Japon et aux États-Unis. En 1995, sa proposition d’abris préfabriqués pour le Rwanda est adoptée par les Nations Unies. Depuis 2001, il est professeur à l’université de Keio au Japon. Le travail de Shigeru Ban a été récompensé à plusieurs reprises, notamment avec le Grand Prix d’Architecture de Kansaï en 1996 et avec le prix du Meilleur Jeune Architecte du Japon en 1997 et le prix de l’Architecture mondiale en 2001 pour le pavillon du Japon à l’Exposition universelle 2000 à Hano.

2013-03-13

Jean Nouvel et le Musée du Quai Branly

Jean Nouvel est, à Paris, architecte de l'Institut du Monde Arabe avec Architecture Studio et architecte de la Fondation Cartier pour l'art contemporain. Site des Ateliers J.Nouvel : http://www.jeannouvel.com/

"C'est une collection de bâtiments plus qu'un bâtiment, un territoire avec un caractère affirmé vis-à-vis de la ville et un complément avec un nouveau jardin parisien et un nouveau grand musée pour Paris... On ne peut pas dire que les objets aient déterminés l’architecture. Il y a simplement une notion de caractère, de familiarité, de colorimétrie, de lumière et de pénombre. Toutes ces connotations déterminent un caractère qui n’est pas celui d’une architecture occidentale et qui pourraient être le déterminateur commun de toutes ces civilisations qui étaient souvent dans des forêts, des déserts et dans des lieux ruraux. Je voulais éviter qu’il ait ici un bâtiment occidental triomphant avec la technique occidentale bruyante, high-tech, qu'on ne voie que le bâtiment et que les objets soient dans un monde totalement exogène.)" Suite de l'interview de J.Nouvel par ARTE sur :
http://www.arte.tv/fr/Jean-Nouvel/1229072.html

Le bâtiment du quai Branly se compose de quatre bâtiments reliés par des passerelles et disposés sur un terrain de 39 000m². Epousant la courbure douce de la Seine au pied de la tour Eiffel, il est juché sur pilotis et prévu pour être -à terme- niché dans la verdure. L'ouvrage prend la forme d’une large passerelle au milieu des arbres, dissimulée par un jardin de 18 000 m2 que l'on doit au paysagiste Gilles Clément. Ce jardin est soustrait à la circulation du Quai Branly par une longue et haute paroi de verre sérigraphié.
L’ensemble architectural se développe sur cinq niveaux couronnés par une large terrasse, offrant une vue saisissante sur la tour Eiffel et Paris. À l’intérieur du musée, des parois de verre remplacent les vitrines : les effets de transparence et le fond naturel constitué par les arbres laissent toute liberté au regard.
La marque de fabrique de l’ouvrage reste pourtant la série de boîtes suspendues en façade nord, des "excroissances" colorées de taille variable, sortes de cabinets de curiosités, autant de salles d’exposition pour abriter des pièces particulièrement rares ou précieuses.
Autre originalité du bâtiment Branly: le mur végétal de Patrick Blanc. 800 m2 de façade sont recouverts par plus de 15 000 plantes.

2011-11-11

Architecte japonais Sou Fujimoto











A la manière d’un jeu de construction, les chevrons s’empilent et se décalent pour créer l’espace de vie de cette petite maison de week end japonaise. Un autre regard sur l’architecture bois.
Conçue par le studio d’architecture japonais Sou Fujimoto Architects, la Maison NGH est une petite maison de week end qui surplombe les berges de la rivière Kuma à Kumakura au Japon.
De forme cubique, (4 mètres de côté) elle est entièrement réalisée à partir d’un empilement de chevrons et de blocs de cèdre croisés et décalés. Un principe aussi simple qu’efficace.

De ces imbrications et découpes naissent les espaces intérieurs, coin repas, espace de repos, mezzanine ou rangements. Les plans verticaux et horizontaux se fractionnent et se décalent. Les différences de niveaux se multiplient. Entre les chevrons, des interstices aux formes irrégulières remplacent les portes et les fenêtres. Quelques décalages habiles permettent à l’habitant d’improviser ses assises, ses tables ou ses étagères où bon lui semble.

Sori Yanagi, Isamu Noguchi, l'esprit Mingei au Japon

Une amie vient de me parler d'une exposition au Musée du quai Branly sur le mouvement Mingei, qui vient des mots minshû no kogei (objet de fabrication populaire). Le mouvement Mingei comprend une perspective esthétique, morale et formelle, qui trouve aujourd'hui ses échos dans les "formes originelles" de certains designers contemporains.
"L'objet mingei doit être modeste mais non de pacotille, bon marché mais non fragile. La malhonnêteté, la perversité, le luxe, voilà ce que les objets mingei doivent au plus haut poinr éviter : ce qui est naturel, sincère, sûr, simple, telles sont les caractéristiques du mingei." extrait d'un texte écrit en 1933 par Soetsu Yanagi, père de Sori Yanagi. Depuis mes recherches sur Charlotte Perriand, dont Sori Yanagi a été l'assistant, je continue mes investigations sur les architectes et les designers japonais ; avec Soetsu Yanagi, Sori Yanagi et Isamu Noguchi, je tiens un bout de la pelote...

Soetsu Yanagi (1889-1961)
En 1916, nourri de l'art occidental, Suetsu se tourna vers sa culture asiatique et partit pour la Corée où il est fasciné par les poteries paysannes de la dynastie Yi. En 1924, il était l'un des fondateurs du musée d'art et d'artisanat de Séoul. Au Japon, en 1936, il initia avec des amis une collection nationale d'objets usuels et écrivit les premières lignes du projet du musée japonais de l'artisanat. Il ne parlait pas d'art mais de l'expression du peuple avec son bagage de traditions et l'aisance due à des générations de savoir-faire. Le respect exceptionnel des japonais pour l'objet artisanal est stimulé par le culte de la cérémonie du thé, marqué par l'humilité, la frugalité et la sérénité.
Le musée Mingei, musée d'art populaire de Tokyo, musée du peuple pour le peuple, abrite beaucoup d'objets de la collection personnelle de Yanagi. Les céramiques, les objets en pierre, en bois, en paille, en bambou, en métal, les textiles ont été choisis d'après les critères spécifiés clairement par Yanagi comme règle d'or de la philosophie du mingei : anonymat, beauté naturelle du matériau utilisé, objets façonnés à partir d'une pratique de plusieurs générations d'artisans, produits en grande quantité et vendus à des prix économiques...Mais aujourd'hui, la fonction de l'objet artisanal change, son coût augmente, les objets ne naissent plus dans les classes populaires pour l'usage courant, ils doivent satisfaire la demande du marché citadin...Après la disparition de Yanagi, ses successeurs ont ressenti le besoin d'une philosophie plus adaptée à notre temps, les formes nouvelles, les individualités, les idées neuves apparaissent mais "enracinées" dans la tradition, pour certains des designers contemporains...

siège "Butterfly"
Né en 1915, Sori Yanagi concilie l'approche moderne avec ses enseignements fonctionnalistes et la sensibilité pratique qui lui a été transmise par Charlotte Perriand. A partir de 1948, il réalise des ensembles de grande diffusion, services à thé et à café en porcelaine blanche, séries de bols en acier inox. Il met au point des prototypes qui conservent la sensibilité du modelé en privilégiant la qualité du matériau et ses techniques de production et d'assemblage. Le siège "Butterfly" (conçu en 1953, réalisé en contreplaqué formé) deviendra une icône du design : facile à ranger, à stocker et monter. Pour Sori Yanagi, premier designer d'après-guerre , il s'agit de réfléchir au rapport que le XXe siècle a établi entre la redécouverte de certains arts traditionnels et l'évolution de l'art moderne international à travers le design. En 1977, Sori Yanagi devient directeur du Musée d’art populaire japonais de Tokyo.


Isamu Noguchi (1904-1988)
Dès 1928, Isamu Noguchi s'intéresse à la lumière comme matériau de la sculpture. Visitant les fabricants de lanternes traditionnelles à Gifu, il conçoit dans leur technique une série de lampes qui transforment son concept de sculpture-lumière en objet d'usage quotidien, bientôt mondialement reconnu. En 1927, il obtient une bourse (Guggenheim fondation) et part à Paris. Il travaille comme assistant de Brancusi chaque matin pendant 6 mois. Il rencontre Alexander Calder, Morris Kantor et Stuart Davis. Puis il travaille ses propres sculpture de pierre et bois dans son studio à Montparnasse.
Sa collection de lampes Akari, mot qui signifie en japonais "lumière et légèreté", associe la technique traditionnelle japonaise de la fabrication du papier de mûrier aux formes organiques de ses sculptures. Isamu Noguchi conçoit des céramiques, des verreries, des décors de scène, des espaces publics, urbains ou paysagers...
Dès 1950, il travaille avec Isamu Kenmochi ; ils conçoivent ensemble le Kashiwado. Ce fauteuil est un objet d'art qui est construit en plusieurs semaines. Les artisans coupent d'abord plusieurs blocs des racines d'un cèdre japonais, le Sugi. Les blocs sont sculptés et déposés les uns sur les autres avec une procèdure particulière puis il est poli et enduit. Ce fauteuil fait partie de la collection permanente de la collection d'art moderne du musée d'art de Philadelphie.

le Banraisha (foyer étudiant)


Tadao Ando, architecte japonais

Tadao Ando est né à Ôsaka le 13 septembre 1941. Il apprend l'architecture, mais en autodidacte, ce qui est rarissime au Japon. Il achète des livres chez les bouquinistes et est fasciné par un ouvrage consacré à Le Corbusier. De 1963 à 1968, il voyage. Sans beaucoup d'argent, il prend les moyens de transport les moins chers, il marche beaucoup à pied. Il n'étudie pas l'architecture, il s'y plonge et tente de la percevoir physiquement. Il est également influencé par des personnalités comme Louis I. Kahn, Frank Lloyd Wright et par les écrits de spécialistes comme Sigfried Giedion et Kenneth Frampton. En 1969, il crée sa propre agence à Osaka et commence par construire de modestes maisons.


En 1975, il se fait connaître avec sa "Row House" , maison en bande, construite sur un terrain de 58 m². Masao Furuyama a écrit, dans un livre consacré à Tadao Ando, publié chez l'éditeur Taschen : "Ando a introduit là une boite en béton dans un de ces alignements de maisons en bois délabrées qui occupent les quartiers du centre d'Osaka et créé à l'intérieur un espace résolument autarcique. Ce faisant, il propose une intimité que les maisons de ville traditionnelle sont incapables d'offrir. La cour de la maison est un lieu caché, coupé du bruit de la cité. Elle ne s'ouvre que sur le ciel, c'est une fenêtre qui reçoit la lumière, le vent et la pluie pour que la nature puisse pénétrer le mental du visiteur. Pour Ando, l'architecture peut être une arme au service de la réforme sociale. A vingt ans, il se posait des questions angoissées sur le thème "architecture ou révolution" mais il a fini par choisir l'architecture. Il est convaincu que "changer l'habitat c'est changer la ville et réformer la société". La "Row House" est une expression de cette croyance."

En 1980, la maison Koshino a représenté un nouveau départ pour Ando... Je reprends le livre de Masao Furuyama : "Il a peu à peu ouvert la boite fermée pour faire en sorte que l'intérieur et l'extérieur communiquent par des ouvertures dans les murs, entre les murs et dans le toit."
J'ai trouvé ce qui m'attire dans cette architecture : ces boites juxtaposées de volumes différents sont apparemment des figures simples que l'architecte complexifie pour en faire un espace assemblé. C'est le jeu des emboitements et des circulations qui permet cette complexité. C'est aussi sans doute le jeu des lumières et des ombres dont parle Tadao Ando : “Les rayons de lumière, lesquels rentrent par les interstices entre les murs extérieurs et la structure, créent des variations de lumière et d’humeurs basées sur les saisons et l’heure de la journée.”

En 1987, Ando est nommé enseignant à l'université de Yale aux USA et en 1991, c'est la consécration au Japon, puisque, dépourvu de diplôme, il est nommé professeur titulaire à l'Université de Tokyo.
En juin 1995, Tadao Ando est le troisième Japonais à recevoir le "Pritzker Architecture Prize" sorte de Prix Nobel d'Architecture, deux ans après Fumihiko Maki récompensé en 1993. Profondément marqué par le tremblement de terre de Kobé, survenu en janvier de la même année, et qui avait touché en particulier le quartier de ses premières réalisations, il offre tout son prix aux orphelins de la ville. Il collecte des fonds pour améliorer la qualité de la reconstruction, car les morts ont surtout été relevés dans les habitations à bon marché de la ville, construites au mépris des règles de l'art.

Eglise sur l'eau

L'architecture de Ando est une synthèse de la spiritualité japonaise, de la modernité des techniques de construction et de l'utilisation de matériaux innovants.
Son architecture reste toujours à l'échelle des hommes qui vont y vivre et reste plus tournée sur les espaces intérieurs que sur l'aspect extérieur. Il utilise et se fond dans le paysage plutôt que de vouloir le transformer. Sensible à l'esprit des lieux, il privilégie les matériaux locaux, qui ont une histoire et sont rattachés au lieu où il bâtit.
Encore plus convaincant, Tadao Ando avec ses propres mots :"my basic stance with respect to what is to be expressed through architecture has remained unchanged. Whether it is a concrete row house of less than 50 square meters in floor area, a monumental cultural facility being planned in Abu Dhabi, or an urban restructuring project in progress in Tokyo that has the environment as its theme--what I always imagine is an architecture through which the wind blows, stirring people's emotions, an architecture that coexists with nature and purifies the spirit."

Oyamazaki museum à Kyoto
à droite Musée d'art moderne, Fort worth, Texas

2010-10-10

Charlotte Perriand

Sa carrière d'architecte-designer (1903-1999) démarre véritablement avec le mobilier métallique qu'elle crée pour son appartement-atelier de la place Saint-Sulpice et qu'elle présente au Salon d'Automne de 1927, « Bar sous le toit ». Forte de ce succès, elle pousse la porte de l'atelier d'architecture de Le Corbusier et Pierre Jeanneret, elle est engagée comme associée en 1928. Elle doit veiller à l'élaboration du programme « des casiers, des sièges et des tables » et assurer l'exécution du mobilier destiné à leurs réalisations. Le fauteuil Grand Confort adopte une structure légère en tube d'acier laqué enveloppant des coussins de cuir rembourrés par des plumes.
1936, Salon des arts ménagers.
Pour répondre aux contraintes économiques difficiles, Charlotte Perriand propose, en compagnie d'autres architectes, un mobilier accessible aux classes moyennes particulièrement frappées par la crise. Dans un espace ouvert sur une terrasse, elle crée une grande table en chêne massif pour les repas, des fauteuils pliables et empilables en tube (édités par Thonet) et présente des casiers de rangements métalliques de la maison Flambo.
En 1940 et 1941, elle est invitée au Japon et découvre les foyers d'artisanat dans les provinces grâce à l'aide de Soetsu Yanagi et de son jeune fils Sori qui l'accompagne. Après une exposition qu'elle intitule "Tradition, Sélection, Création", qui résume ses conceptions, elle doit quitter le Japon, à cause des événements politiques. En 1953, deuxième séjour au Japon et exposition collective avec Fernand Léger et Le Corbusier, intitulée Synthèse des Arts. Elle y présente sa chaise Ombre, empilable, en contre-plaqué cintré autour d'une grande table de bois massif, inspirée par le Bunraku (1). Elle présente aussi des prototypes mis à l'essai depuis 3 années, avant d'être industrialisés en grande série ; elle reprend l'esprit de ses projets de 1940 alors difficiles à mettre en oeuvre. (1) le bunraku (文楽) est un type de théâtre japonais datant du XVII e siècle;
Dans les années 60, pour le projet de station intégrée des Arcs, Charlotte Perriand rejoint l'équipe de l'Atelier d'Architecture en Montagne (AAM), et coordonne pendant près de vingt ans une équipe d'architectes, d'urbanistes, d'ingénieurs et de graphistes. Elle intervient tant au niveau de l'architecture que de l'urbanisme et de l'équipement des appartements.

2009-09-09

Pierre Paulin, créateur de meubles

Figure incontournable du design français pendant toute la moitié du XXe siècle, Pierre Paulin, né en 1927, se définit avant tout comme un héritier des modernes. Créateur de modes malgré lui, il a traversé les années sans que ses créations ne prennent une ride. Il est de ceux qui ont choisi la voie du fonctionnel, du durable, une recherche de matières, une esthétique lisse, courbe et colorée dont on ne se lasse pas. On retrouve dans son travail les influences du mobilier scandinave, et des productions américaines de Charles et Ray Eames ou encore Florence Knoll.
Mushroom

Entre les années 1960 et 1970, il développe pour Artifort une gamme de sièges faits de coques en bois moulés garnies de mousse Pirelli et habillées de housses préfabriquées en tissu extensible. Parmi ces sièges iconiques, on se souvient particulièrement de « Mushroom » en 1959, « Tongue Chair » en 1964, et du « Ribbon Chair » de 1965, (voir ci-dessus) distingué en 1969 par le Chicago Design Award.
Voici la transcription d'une vidéo enregistrée par ARTE que j’ai retrouvée sur le site : http://www.art-mode-design.com/category/design
« J’invente, j’aménage, je dessine, je ne crée pas. Le terme de designer avait du sens mais il a été tellement dévoyé qu’on en est très triste…Parmi les inventions qui me sont propres, il y a le concept de tissu élastique, je suis allé chez Artifort avec mon idée, je travaillais pour un marché international qui n’avait pas l’esprit vieillot français, j’ai pu faire les formes les plus libres que j’ai voulu, le premier siège est assez exemplaire, il ressemble à une coupelle biaisée, il y a de l’air dedans, c’est une structure en acier, des montants recouverts de mousse et un textile élastique par-dessus ; le seul tissu que j’ai trouvé à l’époque, c’était du tissu de maillot de bain, c’était tellement nouveau que l’éditeur Thonet France a accepté de le réaliser même en petites quantités ; j’utilisais ce textile pour ce qu’il était c’est à dire un coussinage d’une souplesse extraordinaire et vous auriez vu la tête des tapissiers traditionnels quand ils ont vu sortir ça, ils ont dit, là on est mort, et ils ont vraiment fait la gueule ; c’est la même chose que lorsqu’on s’est mis à mettre des amortisseurs aux voitures, il y a une sorte de souplesse, de confort…"
Les sièges de Pierre Paulin figurent parmi les collections du MoMA à New-York, du Fonds National d’Art Contemporain, du Centre National d’Art et de Culture Georges Pompidou, du Musée des Arts Décoratifs à Paris, du Victoria and Albert Museum à Londres…
Tongue chair
«Il fait partie de ceux qui ont tout redéfini: la méthode de fabrication, l'usage du meuble, la notion de confort. Il nous a ouvert la voie», estime Erwan Bouroullec (designer né en 1976).

Alvar Aalto architecte designer

Alvar Aalto, 1898-1976.
Dès la fin des années 20, alors que le rationalisme moderniste de Walter Gropius, Le Corbusier, Marcel Breuer se développe, Alvar Aalto, architecte et designer, propose une vision plus proche de la nature et de l'humain : le travail du bois et des formes souples qui feront sa renommée internationale.
Né à Kuortane en Finlande, diplômé d'architecture en 1921, il mène dès 1927, avec sa femme architecte, Aino Marsio et avec Otto Korhonen, directeur technique d'une usine de mobilier en bois, des expérimentations sur le contreplaqué collé et courbé, matériau favori d’Aalto, délaissant le métal, élu des modernistes, trop froid selon lui. En 1933, ses créations, présentées à la boutique Fortnum et Mason de Londres, font sensation et connaissent un succès international. Pour répondre à l'afflux de commandes, Aalto fonde avec sa femmela société Artek, qui édite également ses luminaires et créations de verre.
En 1936, Aalto remporte le premier prix d'un concours lancé par Karhula, fabricant de verre finlandais, avec un modèle aux courbes inspirées du pantalon de cuir des Esquimaux : le vase Savoy, du nom du célèbre restaurant de Stockholm dont il a réalisé l’aménagement intérieur. Ces formes ondoyantes sont désormais signature d'Aalto.
Après la guerre, il construit la cité étudiante du MIT à Boston aux Etats-Unis, sa première réalisation architecturale à l'étranger. Jusqu'à sa mort en 1976, il réalise de nombreux projets architecturaux dont il conçoit, dans un projet global, l'aménagement intérieur et le mobilier.